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lundi 3 février 2014

On s'est juste embrassés d'Isabelle Pandazopoulos

On s'est juste embrassés
Isabelle Pandazopoulos
Gallimard Editions, Scripto

Ma note : 2/5 ♦ 160 pages ♦ 8,90€

Résumé éditeur :
Aïcha a quinze ans. Elle vit seule avec une mère fragile qui refuse de lui parler de ses origines, et surtout, de son père. Le silence et la solitude de sa mère l'étouffent. Mais heureusement, elle peut se réfugier chez son amie Sabrina qui vit au coeur de la cité d'en face. Jusqu'au soir où Aïcha embrasse Walid, le frère de Sabrina, qui se vante d'avoir obtenu d'elle bien plus qu'un baiser. Ce que tout le monde croit volontiers, à commencer par Sabrina qui l'insulte dans la cour du collège dans un quartier où on ne plaisante pas avec la « réputation » des filles. Comment faire face à une rumeur ? N'ayant que sa sincérité pour elle, blessée, exclue, Aïcha se met à sécher les cours, tente une fugue, part en vrille... Un roman bouleversant. Un auteur à découvrir. Un concentré d'émotion à savourer d'une traite!

Ma lecture :
Ce roman m'a beaucoup déçue. Ayant beaucoup aimé La Décision, qui m'avait fait ressentir tout un tas d'émotion de façon très juste, avec un point de vue choisi avec efficacité et justesse, je pensais adorer cette histoire. La preuve, j'ai craqué en le voyant en magasin, et l'ai acheté direct ! 

Finalement, j'ai trouvé ce roman à la fois trop brouillon dans l'intrigue, et dans le schéma. Comme si il ne correspondait pas vraiment au résumé. On n'aborde à peine le harcèlement scolaire, et une partie seulement, finalement, parle de la vie "des quartiers"... L'histoire est partie ailleurs, totalement ! Elle est partie sur la famille d'Aïcha et tous les secrets autour de celle-ci. 
Contrairement à la Décision, où l'auteure a toujours suivi son thème (celui du déni de grossesse, et de l'avenir de Justine, son personnage principal), ici elle perd totalement le fil directeur, puisqu'on part de la vie d'Aïcha, pour partir sur des mystères, des histoires de famille... et s'éloigner du postulat de base : une rumeur qui ruine sa vie de lycéenne. Ainsi que le harcèlement scolaire qui en découlerait... ou pas. Puisqu'Aïcha s'enfuit bien vite et quitte l'école ! Mais, je n'en dirai pas plus sur son avenir, l'histoire... Sachez juste qu'elle va être perdue, dans sa vie, comme dans ses pompes et son identité. 

Je vais donc vous parler de mes sentiments en finissant ce roman : je l'ai trouvé cent fois plus noir que gris. Il est sans concession, comme si le monde était contre Aïcha. J'ai cherché une note d'espoir, sans la trouver. Comme si les jeunes du quartier n'avaient aucune chance... comme s'ils étaient perdus, foutus, entre les problèmes de famille (et leur autorité), le manque d'ambition (dans la scolarité), les bagarres et autres trafics... J'avais envie d'hurler, à chaque fois que je croisais un nouveau personnage et son intrigue "Mais hey, ho ! C'est pas parce que tu vis dans une cité que tu es voué à te perdre dans du trafic de drogue, être clandestin, te prendre des claques ou être renié par ta famille !". Quelle drôle d'idée, surtout déprimante, de tirer un tel portrait de ce quartier... Si noir. Loin de la réalité... Et même s'il était réel, en faisant lire ça à nos jeunes, trouveraient-ils l'espoir de "sen sortir" ? De vivre leurs rêves ? En étant face à tous ces jeunes qui ne s'en sortent pas... Où sont les solutions ? Dans ce livre, aucun prof, conseiller ou autre ne propose d'aide aux jeunes... 
De fait, je n'ai pas du tout aimé ce côté trop réel et moralisateur qui se veut, finalement, beaucoup trop général. Pour moi, c'est un discours à ne pas donner aux jeunes des quartiers "sensibles", perdus dans leurs vies et leurs aspirations. Au contraire, il faut leur donner des livres qui montrent l'espoir, la réussite, les échappatoires et les portes ouvertes. Un destin à tracer ! Plutôt qu'à subir, comme ici, à cause de leurs familles, leurs coutumes et leurs religions... 
Où est la place de l'amitié, la mixité, l'insertion sociale dans cette déprime ? Je ne l'ai pas trouvée. Je n'ai vu qu'une vision terrifiante de ces milieux... 

Finalement, le titre et le résumé ne sont que de prétextes à une histoire toute autre, une descente aux enfers. Celle d'Aïcha, une ado trop ballottée dont on ne retrouve aucun choix ni aucune liberté. Elle avait pourtant beaucoup et pouvait faire de sa vie ce qu'elle voulait. Innocente. Elle pouvait réussir. 

L'auteure s'est-elle tromper de type de personnage ou a-t-elle voulu montrer qu'une vie à faire, vierge, peut basculer en ayant de mauvaises fréquentations? A-t-elle voulu montrer les catastrophes que peut entraîner un flirt, ou l'amour, chez les adolescents ? A coups de rumeurs et d'amitiés gâchées ? Quand bien même, quel mauvais discours ! Décidément, je suis passée à côté, je pense... 
Et c'est bien dommage ! Peut être bien que, comme je l'avais dit pour La Décision, l'auteure, travaillant dans le social, ou avec des jeunes, a pu vouloir tout simplement montrer ce qu'elle aurait vu au quotidien. Mais pour ma part, je trouve que cette part d'histoire ne valait pas vraiment le coup d'être racontée, car je n'y ai vu aucun espoir. Qu'une ombre s'installant dans le coeur du lecteur...

( 12/35 ) 

lundi 8 avril 2013

Critique La décision, Isabelle Panzadopoulos


Critique La Décision
Isabelle Panzadopoulos
Gallimard Jeunesse - Scripto

Le sujet de La décision est un sujet difficile. Un sujet qui prend aux tripes, au coeur, fait réfléchir, et même s'il ne m'a pas tiré de larmes, il est loin de m'avoir laissée de marbre. La construction du livre est très originale, et elle peut dérouter, parce que l'auteur y aborde le déni de grossesse sous des angles inattendus. C'est ce que j'ai préféré. Le côté : que sommes nous vraiment face à ce fait ? Comment réagit la société ? 

Que sommes nous, particulièrement, parce que ce qui déroute en premier, c'est que l'auteur choisit de ne pas commencer par montrer le point de vue de Louise, cette jeune fille qui accouche d'un coup, dans les toilettes de son lycée, terrorisée, durant plusieurs chapitres.Choix très judicieux à mes yeux, Isabelle Pandazopolous a d'abord montré la vision des camarades, parents, aides soignant, psychologues, professeurs... Jusqu'à ce que Louise se calme, et qu'elle comprenne ce qui lui est arrivé. On respire avec elle, assimilant les données de façon mécaniques, comme des éléments d'une enquête et d'un mystère, qui viennent s'imbriquer pour exposer les faits : Louise a accouché d'un petit garçon, alors qu'elle ne savait pas être enceinte, et qu'elle n'a jamais eu de rapports sexuels. 
Pendant plusieurs chapitres, où les points de vue s'alternent, les changements de personnages sont appuyés en plus par le mode d'énonciation et d'écriture, changeant avec la façon de penser du personnage. Tout en sentiments pour les camarades de Louise, en interrogations, et déni, aussi, pour les parents, en doutes et appréhension pour lesprofessionnels... et en panique, pour la jeune fille. Tous ces styles narratifs uniques rendent efficacement compte des changements de voix et de personnalités. 
Dès les premiers pages, on sait ce qui va se passer, l'arrivée de ce bébé, alors on attend le point de vue de Louise... et c'est là qu'on est déçu, frustré, de ne pas l'avoir tout de suite ! Au final, cette manière de faire est une bonne surprise. Comme une bombe à retardement. Ce qu'est la boule de nerfs endoloris que sera Louise, celle qui n'y croira pas, pendant très, très longtemps. A la présence de cet enfant. Et au fait qu'elle est mère. Le style à virgules, où les mots se chevauchent, se succèdent, se bousculent, rend compte au mieux des pensées survoltées de cette ado paniquée. 
J'ai plus que tout aimé voir les réactions des professionnels entourant Louise : équipe du samu, directeur du lycée, professeur, psychologues, assistante sociale, infirmière... Toutes leurs réactions semblent vraies, et justes. Ne vous attendez pas à voir des personnes extraordinaires, des parents idéalisés. Il n'en existe finalement que peu dans notre société ! Ici, comme nous le serions, malgré les préparations, les formations... les personnages, - les personnes, tellement elles semblent vraies ! - sont perdus, et désorientés, surement comme cela doit se passer tous les jours... Ce qui les rend, eux, et le texte, très juste. 
Toutes les émotions des jeunes, surtout de Louise, alternées avec les côtés "enquête" du récit, pour savoir qui est le père de l'enfant, et comment elle a pu tomber enceinte, m'ontcomplètement retournée. J'étais pendue aux pages, et voulais continuer. Pour tout savoir, vite, comment réagiraient tous les protagonistes, que déciderait Louise, qu'allait devenir le bébé, et qui était le père... Faire une pause dans ma lecture fut difficile  mais réparateur. Car La décision marque. Et touche. Ça m'a rendu accro
J'explique le fait d'avoir été si touchée parce que l'auteur travaille avec des adolescents qui ont subi des traumatismes. Elle a su retranscrire avec justesse, et de façon parfois brute aussi, les émotions qu'elle devait imaginer que ressentaient les parents, les adolescents victimes, les pros, pour montrer ce qui passe en réalité. Ce qu'elle a vu, sans doute. 
La décision est un récit fictionnel. Mais il aurait pu être un témoignage. Une leçon. Le livre nous amène à nous poser la question : que ferions nous, en tant que proche d'une victime ? Ou de personnel encadrant ? 
La société, avec ses solutions, donne-t-elle seulement les réponses aux questions déterminantes des victimes du déni ? 


Je conseille à tous ce livre percutant. Peu cher, il peut être lu, offert, partagé... Comme un témoignage. Une tranche de vie. Qui retourne et émeut le temps des 250pages. Le titre est parfaitement bien choisi. Les évènements, plus compliqués que ce qu'on pourrait tous imaginer. Plongez vous dans un mystère et un tourbillon de sentiments, sur fond d'un thème de société trop peu abordé... 
Et partagez votre expérience ! 

Ma note : 4.5

vendredi 5 octobre 2012

Critique coup de coeur : Où est passée Lola Frizmuth, Aurélie Gerlach

Critique coup de ♥ 
Où est passée Lola Frizmuth ? 
Aurélie Gerlach
Gallimard Jeunesse - Collection Scripto
Sortie en librairies le 11 Octobre


Un voyage Paris-Tokyo HI-LA-RANT ! 

Où est passé Lola Frizmuth est un récit très court, qui se lie très vite, mais bourré de rebondissements rocambolesques ! Où l'on suit essentiellement Lola, une héroïne superficielle mais très fière, courageuse, et à la langue bien pendue... Championne du bavardage, elle passe très vite d'une année à une autre ! 
La preuve, ce récit raconte l'aventure qu'elle vit en décidant de partir au Japon retrouver l'homme de sa vie (ou la rencontre d'un soir) à deux semaines du BAC ! Un voyage qui aurait pu être du simple tourisme, peut être, si elle n'était pas tombée sur un Yakuza dans l'avion ...


On suit aussi Toshio Watanabe, l'homme d'affaire/yakuza en fuite aspirant à succéder à la direction du plus grand et vieux clan yakuza du Japon, mais qui doit encore faire ses preuves, jusqu'à la mort, face à l'autre successeur potentiel, tout aussi décidé que lui à toucher le magot du groupe de criminels...
En face, c'est Masakazu Tanaka qui nous raconte la vision d'un homme de main blasé par son travail de yakuza et qui n'aspire qu'à retrouver sa petite chatte Sumire et à draguer sa gentille et ordinaire voisine... Plutôt qu'à être obligé de filer sans relâche une stupide et brute lycéenne pour lui piquer sont téléphone portable-à-paillettes-édition-collector-Agatha-Ruiz-De la Prada !

Mais surtout, on supporte les frasques de Lola à travers les soupirs et réflexions de Lionel Bresson de Rousselles, étudiant en droit étrange qui fera tout et n'importe quoi (mais surtout risquera sa vie) pour aider, protéger, héberger, puis motiver, rassurer, et enfin séduire, la blonde insupportable qu'est Lola...
Pour clore ce florilège de points de vue étonnants, indispensables et indissociables, un personnage très inattendue nous raconte la fin de l'histoire, comme parfois un ou deux de second plan qui interviennent pour notre plus grand bonheur ! (et celui de nos zigomatiques!) 

Dans ce romans à plusieurs voix narratives, impossible de mélanger pourtant les points de vue ! Ils sont tous indissociables et surtout nécessaires ! Chaque personnage à sa voix, extrêmement drôle, personnelle et fait avancer le récit à sa manière, grâce à son propre regard. Le récit avance en humour, grâce aux péripéties inattendues, surtout par la stupidité des rebondissements... Ca part dans tous les sens... mais c'est pourtant cohérent, et le pire... probable !


Le sujet principal de l'œuvre, et qui laisse penser qu'il pourrait y avoir une suite avec le même personnage principal (en tout cas je l'espère fortement !), c'est le portrait de Lola, une ado débrouillarde mais déjantée, qui nous entraine dans des aventures géniales, pour nous faire passer un excellent moment... Et non, on ne la lâche pas en route, comme les autres personnages lui collant aux sandales (compensées, jetées sur un mec, ça fait mal) !
De plus et pour terminer, les conversations SMS rajoutées à la fin des chapitres donnent une fluidité, et une respiration à ce récit haletant, elles pourraient être totalement superflues, mais elles sont si drôles... qu'elles en sont indispensables !
En résumé, Où est passée Lola Frizmuth est l'aventure d'un voyage déjanté, drôle et entraînant, aux multiples voix narratives, mais toujours surprenantes et indispensables à l'intrigue. Avec ce petit livre, on passe un moment de bonheur bien trop bref ! A conseiller à tous, petits et grands ! Mais surtout ce qui ont besoin, ou envie de rire !
Merci à Gallimard Jeunesse pour cette découverte, et bonne marrade à tous !
Ma note : 4/5
Où est passée Lola Frizmuth sera coup de cœur vendeur sur Fnac.com ! 
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