mercredi 30 janvier 2013

Critique Le Demi-Monde de Rod Rees

Critique Partenariat
Le Demi-Monde
Rod Rees
J'ai lu : Nouveaux Millénaires 
Ma note : 4/5 ♦ 544 pages ♦ 21 €

Résumé éditeur : 
Le Demi-Monde est une simulation informatique créée pour entraîner les soldats à la guérilla urbaine. Ce monde virtuel est bloqué dans une guerre civile éternelle. Ses trente millions d'habitants numériques sont dirigés par les avatars des plus cruels tyrans de l'Histoire : Heydrich, l'architecte de l'Holocauste ; Beria, le bourreau de Staline ; Torquemada, l'Inquisiteur sans pitié ; Robespierre, le visage de la Terreur… Mais quelque chose s'est détraqué à l'intérieur même du Demi-Monde, et la fille du Président des États-Unis y est restée coincée. Il incombe à l'agent Ella Thomas d'aller la récupérer, mais, une fois sur place, la jeune femme se rend compte que rien n'est à sa place. Pire, les murs virtuels peinent à contenir le mal insidieux qui semble pervertir toute chose… Le monde réel pourrait bien courir un danger que nul n'a encore osé imaginer !

Ma lecture : 
Quel gros morceau celui-ci ! Dur de trouver par où l'attraper ! ... A première vue, les deux plus grandes qualités du Demi-Monde sont aussi ses deux plus grands défauts : la couverture sublime et la densité du bouquin. La superbe couverture du Demi Monde fera craquer n'importe quel amateur de Fantasy, de beau livre, ou de steampunk, avec ses dorures, sa carte et son aspect ancien, presque enluminé...

Par contre, elle ne donne pas la bonne indication sur ce qu'est le livre : un récit de SF. Les amateurs du genre risquent de passer malheureusement si vite leur chemin en voyant cette couverture loin de celles de leurs lectures ! Avec cette couverture, et son contenu, le livre se perd dans les genres, et on ne sait où l'inscrire. On partira d'un côté SF, d'avantage anticipation (un avenir très proche de nous) avec une technologie encore inédite (ou alors l'armée nous cache bien des trucs gores !) pour aller vers une société de 1870, en mode révolution industrielle, chevaux, vapeurs.. mélangés à des M4 des plus récentes !

Au fil des pages, j'ai vu ce mélange des genres comme un atout pour qui s'est plongé avec beaucoup de bonheur dans le Demi-monde, comme moi, mais aussi comme un inconvénient des fans de SF, qui n'y trouveront très vite par leur compte... (au plaisir des adeptes du Steampunk, néanmoins!) 
Deuxième point, et celui qui m'effrayait beaucouuuuuuup avant de l'entamer : la DENSITÉ et la complexité de l'univers imaginé ! Un côté jeu-vidéo, un gros côté historique avec les personnages plus ou moins célèbres, les religions, les zones inspirées de notre monde pour n'en former qu'un... Quel esprit fou a eu Rod Rees pour inventer tout ça ! Ce récit, entièrement basé sur ce monde si dense, pourra paraître pour beaucoup comme moi, très compliqué avant même de l'avoir ouvert ! En plus, ne vous y trompez pas avec sa petite taille, le Demi-Monde, avec ses pages si fines, est un vrai pavé !

Heureusement pour moi, pour vous... Cet univers imaginé est génial. Malgré les pages très fines qui donnent l'impression de ne pas avancer, on entre très vite dans le récit, grâce aux explications qui tiennent la route, les personnages bien imaginés (entre l'armée, les jeunes filles à fort caractère, et les méchants bien développés...) avec tous les détails de leur personnalité, et surtout les paratextes donnant des informations, comme si elles étaient extraites de revues scientifiques tout ce qu'il y a de plus normales et existantes, sur le Demi-Monde avant chaque chapitre, finalement, il était assez facile de vitre comprendre cette simulation et d'intégrer toutes les informations. le monde complexe qui me faisait peur, n'a au final pas été un frein du tout, au contraire, il m'a emballée et impressionnée ! 

Comme je l'ai dit, on accroche très vite au monde, et on se laisse porter, mais il faut plus de temps pour être accro, plus que pour être adhérent aux concepts. Une fois passé la moitié, tout s'emballe, et on ne veut plus qu'une chose : savoir la suite. Savoir ce que va devenir Ella, si Vanka va l'aider, comment va évoluer Trixie Dashwood et quel sera l'avenir de Norma... Les personnages sont tous géniaux et bien construits. Il y a des grandes chances que vous soyez fans d'Ella, notre héroïne, comme je l'ai été, Norma vous énervera peut être et Trixie vous étonnera... Sans parler de Vanka qui est ... bouleversant par toutes ses facettes de gentilhomme ! A vous de tous les découvrir, je ne veux pas trop vous en dire, ils sont si complexes... Les personnages créés informatiquement (les "Dupes") m'ont semblé maintes fois bien plus consistants que les héros humains ! Car ils évoluent tous de manière dures, presque humaine bien souvent, surtout pur Trixie et Heydrich (LE grand méchant...) 

Très vite, le côté jeu vidéo est (malheureusement) oublié alors qu'il faisait peur au début (l'entrée dans le Demi Monde peut paraître effrayante...), au profit de l'entrée dans un univers virtuel plongé en 1860 : complet, intéressant, cohérent... Tout y est pour plaire, même si les Dupes n'ont aucun défaut technique (ce qui aurait renforcé le côté jeu vidéo parmi tout ce XIXème) on comprend que cela serve au mieux leur part de personnage de roman, et laisse des idées à exploiter pour les 3 tomes suivants (Printemps, Été, Automne)... 

Pour conclure, et finir de vous convaincre (je l'espère) ce livre est une expérience inédite, qui m'a bien plus convaincue et emportée que la fameuse dernière sortie parlant de jeu vidéo dans un monde anticipé, même si c'est difficilement comparable vu qu'ils sont très différents... le Demi-Monde me laisse un bien meilleur souvenir. Je le qualifierai de "livre-expérience" car j'ai cru vivre l'aventure avec les personnages, une fois vraiment entraînée dans leur histoire. Récit bien abouti, mais un peu trop lourd par ses détails, il ne me manquait qu'un important côté sentimental, qui pourrait très bien apparaître aux tomes suivants, que je lirai à coup sur ! Mais en me préparant mentalement à me lancer à nouveau dans une histoire complexe, mais étonnante ! 

Encore un bémol qui aurait pu être un avantage : il y avait un glossaire à la fin avec tous les termes inventés du demi monde... Ça m'aurait bien aidé si j'avais vu/su avant qu'il y était, mais non,je n'avais pas feuilleté la fin, et ce n'était pas indiqué au début ("un glossaire se trouve à la fin pour expliquer les termes blablabla...) c'est bien dommage ! Pour vous qui le lirez, servez-vous du glossaire !!!!

mercredi 9 janvier 2013

Critique Interception de Marin Ledun

Interception
Marin Ledun 
Rageot Thriller 


Valentine est épileptique. Après des années d'une vie qu'elle a tenté de mener de façon normale, elle ne peut plus supporter le regard de ses proches. Ses camarades de classe, dont certains étaient assignés à sa surveillance, et devaient réagir efficacement à chaque crise, pour prévenir les secours ; ses parents, trop dévoués, inquiets, et sur protecteurs. Trop aimants. Ses cauchemars étranges, qui la font rêver sans cesse du même garçon, la décident : elle ne continuera pas plus longtemps à faire semblant. 
Ses parents l'envoient alors dans un internat qui fait officie de lycée, mais aussi de clinique expérimentale. Seuls les épileptiques y sont admis, permettant à Mélanie de ne plus se cacher... Mais malgré cela, elle est toujours méfiante. Sans cesse sur ses gardes. 

Très vite, le professeur Hughling explique à Valentine sa théorie : les épileptiques sont différents, ils peuvent, durant leur crise, accéder à un niveau de conscience différent... allant jusqu'à visiter des mondes parallèles.  Dans cet institut, l'épilepsie devient un don. Un don dangereux. 

Avec Interception, on entre dans le thriller d'une autre manière, qui peut être déroutante : on y entre par le biais du fantastique. Cette manière m'a longtemps rendu le récit trop opaque. Mais j'ai fini par adhérer au récit. Plus qu'à la théorie, un peu trop farfelue. 

Vu d'un œil trop pragmatique, les situations sont trop irréelles et les aventures non crédibles. On s'est trop éloigné des codes du thriller à mon goût. Mais tout s'éclaire en se disant qu'il faut accepter le fantastique, et le lire en partant de cet univers. 
Le thriller, avec ses rythmes et ses rebondissements, s'installe alors dans l'intrigue et emmène tout sur son passage. 

Le thème est original, même s'il est si tiré par les cheveux. Les éléments très nombreux compliquent l'intrigue déjà difficile, mais heureusement les personnages, avec leurs caractéristiques, suffisent à apporter beaucoup d'intérêt au récit. Valentine est de loin le personnage principal, le plus fort, très en avant par rapport aux personnages secondaires qui manquent un peu de profondeur. Mais c'est un personnage complexe, humain, est très intéressant, dans lequel pourront se reconnaître les épileptiques, mais aussi les lecteurs qui voudront en savoir plus sur cette maladie. 

Au final, Interception est un bon thriller pour la jeunesse, déroutant à cause de son point de vue fantastique, mais qui permet aussi d'en faire un atout très original parmi la collection. 

Ma note : 3/5

mardi 8 janvier 2013

C'est lundi que lisez-vous #14

C'est lundi que lisez vous #14


Logo réalisé par une amie du calidoscope

Principe découvert chez Mimipouss et Pomme, ma partenaire et correspondante, il s'agit de vous faire découvrir mes lectures passées, ce que je lis actuellement, et ce que je lirai plus tard..

Après avoir dévoré La décision, d'Isabelle Pandazopoulos (sortie le 31 janvier), j'ai mis un peu plus de temps à lire Player One, d'Ernest Cline (sortie prévue le 24 janvier) et j'ai englouti Wonder, de RJ Palacio. Les trois ont été d'excellentes découvertes, très surprenantes !


J'ai commencé et lis à présent les chroniques d'une sorcière d'aujourd'hui, d'Angèle Delaunois. 
Ensuite, je lirai le Demi Monde, HIVER, de Rod Rees. 


Il est TRÈS tentant ! 
Et vous, que lisez vous ? 

samedi 15 décembre 2012

Doux comme un souvenir de Cathy Delanssay

Doux comme un souvenir
Cathy Delanssay
Editions Balivernes
Ma note : 5/5 ♦ 32 pages ♦ 13€ 
Résumé éditeur : 
Juste avant de partir et changer de maison, Annie se souvient... 

Annie est une petite fille qui grandit et qui va déménager. Juste avant de partir, elle retourne pour une dernière fois sur les lieux qui l'ont vue grandir. Elle se rappelle tous ces petits événements, que nous avons nous-mêmes vécus pour la plupart et que les enfants d’aujourd’hui et de demain vivent et vivront encore. Apprendre à nager, découvrir le sapin de Noël, chercher les œufs de Pâques, autant de moments à chérir toute une vie, autant de souvenirs tout doux, qui nous aident à grandir et que l’on garde toute sa vie avec soi.  
Un livre aux illustrations douces et plein de tendresse, à serrer fort, que l’on soit petit ou grand, car ces moments d’enfance ne disparaissent jamais tout à fait. Ils vivent encore dans notre mémoire. Une invitation au rêve et aux souvenirs quand lors d'un déménagement nous devons dire au-revoir à un lieu qui nous a vu grandir.

Ma lecture : 
L'auteure, Cathy Delanssay, dédie ce joli récit à ses parents. Comme une déclaration aux parents, ou aux enfants ? Comment le lirez-vous ? Et eux ? Je n'ai pas de réponse, mais je sais que pendant la lecture, il fera plaisir aux deux publics. Aux parents, qui se remémoreront tendrement l'importance des souvenirs qu'ils offrent aux enfants, et aux enfants qui visualiseront leurs propres souvenirs. Ils reverront leur famille, les moments forts, les lieux les plus significatifs... Ce qui est cher à leur coeur.

C'est une lecture idéale et douce pour assimiler un déménagement, la perte,  le changement, et pourquoi pas le fait de grandir, tout simplement !
Ici point de peine, que des bonheurs, on revit les meilleurs moments avec Annie, si doux et plein d'amour ... On revit même un peu notre enfance. C'est un merveilleux voyage, parfaitement illustré par le magnifique style de Cathy Delanssay. Sublime, il m'émeut toujours tout particulièrement.
Place aux images .... Pour vous faire craquer !





MOT DE PASSE : SOUVENIR

lundi 10 décembre 2012

Critique partenariat : Les adversaires, de Fabien Clavel

Critique Partenariat
Les adversaires
Fabien Clavel
Le pré aux clercs, collection Pandore 


J'avais très envie de découvrir la boîte de Pandore, nouvelle collection du Pré aux clercs, c'est pourquoi je remercie le forum Mort Sûre et cette occasion qu'il m'a donné d'ouvrir la boîte... Mon dévolu était tombé sur Les adversaires, de Fabien Clavel, un auteur que je souhaitais découvrir d’avantage. 


Une nouvelle fois, il aborde le thème des créatures fantastiques, ici, les anges. Déchus, grandioses, démoniaques... et surtout mélancoliques. C'est le ton le plus important qui teinta ma lecture et la noya quelque peu : la mélancolie. Celle de ces créatures belles mais souvent impuissantes, qui ne sont pas en paix avec leur immortalité. Au contraire.... Quelque soit leur nature et leur camp, elles évoluent dans notre monde, notre espace à tous, où un tournoi les oppose  depuis des millénaires pour désigner celui qui sera le messager de Dieu. Lorsque Ayati, une jeune indienne sensible et perdue, assiste à un combat opposant un ange "Veilleur", et un démon, sa vie, trop tranquille, bascule totalement... Elle se retrouve impliquée dans cette ultime bataille entre les clans d'immortels.

Le monde est en train de sombrer dans l'Apocalypse. Pas d'espoir. De lueur du soleil. Pluie, sang, peine. Remords et chagrin de ces êtres fabuleux. L'auteur a construit une ambiance lourde et triste, ou tous les personnages nagent dans leurs blessures, tentant malgré tout de se construire et de se faire une place dans le monde des hommes.  La lecture peut être difficile à démarrer, car il faut s'habituer à cette triste atmosphère, où le ciel semble pleurer toutes ses craintes, et sa fin, sur nos héros. Héros que nous suivons, chapitres après chapitres, par des points de vues différents. Hors, ils ne sont pas narrateurs et la première personne n'est jamais utilisée. Le narrateur et le lecteur semblent tous deux être spectateurs de ce chaos silencieux, de cette étreinte sourde et douloureuse entre les deux clans, bien et mal s'alliant parfois dans des temps ou la neutralité légale, prétexte à une alliance, les protège. 

L'originalité de l'auteur, autre que dans son écriture de la mélancolie, à mon goût, tiens surtout dans les castes qu'il a construit, faites de différents niveaux dans leur hiérarchies respectives, côtés anges ou démons. Tous ont leurs lois, leurs coutumes, et surtout leurs souvenirs, qui les poussent à adopter les mêmes comportements, par tradition, et certainement, un fort devoir de mémoire envers ceux qui sont tombés avant eux, et après avoir appris leur savoir aux humains. Les anges et démons, qui seraient présents depuis toujours dans notre société, et auraient permis à l'homme de grandes évolutions... sont toujours parmi nous selon Fabien Clavel ! Soit pour protéger, ou agir, dans la société des humains, soit pour devenir comme eux.... et perdre leurs ailes. L'idée de perdre ses ailes, par amour, par foi en la race humaine et ses sentiments, est l'idée la plus touchante du roman, car la plus mélancolique, et la plus défendue... L'écriture des sentiments, pour décrire cette vie stérile des sans ailes, est celle qui m'a le plus touchée, alors que je n'ai pas trouvé que les autres sentiments étaient très présents le reste du temps.

Tout est une question d'opposition : la colère et la rage sont opposés à l'amour et à la protection. Des sentiments forts, puissants, qui sont eux décrits et montrés. Alors que les sentiments plus subtils, les multiples facettes des humains, ne sont pas abordés... Par choix sans doute, car finalement, ce sont des créatures fantastiques que nous suivons.

Les personnages sont très différents, mes préférences étant allées aux deux plus jeunes, Ayati et Driss, Ceux qui nous mènent, tout en faisant avancer, vite et de façon inattendue, l'intrigue, autant que l'Apocalypse. J'aurai pu préférer Tumaël, ange gardien triste, et trop mélancolique, ou Samaël, démon trop méchant... Mais mon affection est allée aux humains, proches de nous, de la nuance et du côté perdu par les évènements que l'on peut tous ressentir. 

Le récit, un peu lent, et difficile à aborder à mon goût à cause des changements de points de vue qui ralentissent régulièrement l'avancée de l'intrigue, mais aussi à cause de cette omniprésence de la mélancolie, peut néanmoins être abordé par tous lecteurs, dès 14 ans, qui saura s'accrocher à une histoire bien menée, originale, dans un contexte sombre de fin du monde. Mais surtout, les amateurs de fantastique, d'anges, de démons, de sorciers... en auront pour leur compte. Mon seul regret est que je m'étais imaginé une fin très différente, qui aurait plu d'avantage à mon coeur de guimauve, mais l'auteur à heureusement su me surprendre, et me proposer un dénouement satisfaisant les attentes qu'il avait provoqué. 

Je le remercie pour l’originalité du texte et toutes les surprises dans ma lecture qui en ont découlé. Autant dans l'écriture de la mélancolie que j'ai expérimenté, que l'univers complexe qu'il a imaginé autour des anges... Une expérience à tenter, et une collection qui nous promet des imaginaires hors du commun. 
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